La Flèche de Wheeler

This was a short story I wrote for a French short story contest whose theme was “the world of the infinitally small”. It didn’t win any prize, but I quite like it myself, so here it is for posterity’s sake.

(And yes, if you were wondering… I’m bilingual.)

 

LA FLECHE DE WHEELER

Au commencement était le Vide.

Ensuite, quelque chose surgit du Vide. Ce qui auparavant – si tant est que cette notion même eut du sens avant la naissance tumultueuse de l’espace-temps – était virtuel, devint soudainement réel. Il n’y eut pas d’explosion, pas de symphonie apocalyptique pour sonner l’avènement de la chose qui allait pourtant faire tout changer. Il n’y avait aucun être vivant pour regarder ce spectacle, aucune lumière dans le chaos primordial pour éclairer le miracle et le révéler au monde.

Elle n’avait pas de mémoire, car pour elle l’éternité tenait dans un seul instant. Elle n’avait pas conscience du monde qui l’entourait à présent. Et pourtant, elle avait un but, un destin hors de commun.

Telle une flèche sur sa lancée, elle traversa le temps, voyageant dans un univers morne et dénué de lumière, sans jamais s’arrêter. Dans le monde quantique dans laquelle elle existait, il n’y avait ni faim, ni soif, ni amour, ni haine. C’était un monde vide de vie, et pourtant elle était remplie de formes, de mouvement, de choses sans nom.

Elle continua à travers l’espace-temps sans dévier de sa trajectoire – si tant est qu’on puisse parler de trajectoire, car il n’y avait personne pour observer cette étrange odyssée – sans se douter que l’univers lui-même approchait de sa fin.

*

Et ailleurs, à une échelle infiniment plus grande, sur une planète insignifiante dans un système solaire proche de sa fin, l’humanité avait enfin abouti à une découverte qui allait tout changer. La gravité quantique avait finalement porté ses fruits, et la technologie aussi. Le voyage dans le temps était enfin possible.

Le premier essai était prêt: on allait envoyer une sonde dans le futur, et ensuite elle devrait retourner vers le passé avec des informations susceptibles de comprendre comment l’humanité pourrait survivre à l’extinction. L’idée était simple. Tout avait été prévu, semblait-il.

Le suspens était à son comble. L’événement fut suivi sur tous les réseaux et le médias de la Terre. La sonde avait été vérifiée et ré-vérifiée maintes fois. Et quand finalement, dans un petit crépitement, la sonde disparut dans l’espace-temps, il y eut un silence lourd de conséquences.

La sonde ne revint jamais. L’avait-t-on envoyée trop loin dans le futur? Personne n’a jamais su la réponse à cette question-là. Personne ne pouvait imaginer la vérité, si simple qu’elle fut.

*

A l’échelle quantique, d’innombrables milliards d’années plus tard, elle était toujours là, inconsciente du fait que le temps allait s’arrêter. Dans quelques instants, tout serait fini pour elle. Son existence même serait terminée à tout jamais.

Et elle ne le savait pas. Comment pourrait-elle imaginer sa propre fin, dans un monde où la pensée elle-même ne pouvait pas exister?

C’est alors que quelque chose d’autre surgit du vide, barrant sa route, l’empêchant de continuer.

C’est alors que pour la première fois de son existence, elle dut s’arrêter.

C’est alors – et au moment même où le temps était sur le point de s’arrêter à tout jamais – qu’elle intéragit avec l’autre. Un photon virtuel fut échangé entre eux. Et d’un seul coup, elle fut propulsée vers l’arrière. Vers le passé.

C’est alors que sa véritable destinée se trouva mise à nue. Car, en remontant le temps, elle se rencontra elle-même, et en parcourant le temps dans un sens et puis l’autre, elle créa la matière à partir de ce qui auparavant avait été le vide. L’histoire de l’univers lui-même se trouva bouleversée. Les quarks, les leptons, les noyaux, les atomes, les étoiles, les galaxies, les planètes, la vie toute entière entra dans ce nouveau monde.

Et tout cela grâce à un seul électron, qui faisait partie de la paroi métallique extérieure d’une sonde qui avait été envoyée trop loin dans le futur. C’était cet électron qui avait barré la route à elle, et ce faisant un paradoxe temporel avait vu le jour.

Tout cela fut soupçonné par une seule personne, mais tel un rêve, l’idée de Wheeler ne laissa qu’une petite empreinte dans l’histoire de la pensée humaine. La vérité est fugace: jamais elle ne se laissera attraper. Mais l’espoir continue à guider l’humanité, toujours et encore, par-dessus tout.

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